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Parents gay
par Silvia Elena Tendlarz
23 | FEB | 2013

Section clinique de Buenos Aires

Les couples homosexuels peuvent-ils être des parents?
Le grand désenchantement actuel consiste en ce que, ni l'hétérosexualité ni l'homosexualité n'offrent la garantie d'une rencontre heureuse. Hormis le choix de l'objet, les couples se trouvent, se perdent, se séparent, se réconcilient et tout recommence pour le meilleur ou pour le pire. Lacan l'explique d'une manière simple: «Il n'y a pas de rapport sexuel». Le malentendu entre les partenaires est de structure, quels que soient sa position sexuée et son choix d'objet.

L'évolution des sociétés a permis que soient légalisés union et mariage homosexuel dans de nombreux pays. Cependant, cela suscite toujours actuellement un vif débat comme le montrent les manifestations générées par la proposition d'autoriser le mariage homosexuel en France[1].
Mais, la vraie question que sous-tend la légalisation des mariages homosexuels est celle de la parentalité. Deux femmes mariées peuvent-elles être les mères d'un même enfant ? Ou deux hommes mariés, être tous deux à la fois, pères d'un enfant ? Cela ne va t-il pas rendre l'enfant fou ? Cela sera-t-il un motif de honte, de discrimination, qui le chargerait d'un péché difficile à tolérer ? Cela déterminera t-il son choix sexuel, sa future vie amoureuse?

Diverses possibilités se profilent pour devenir parents dans ces cas. La possibilité d'adopter pour un homme ou une femme, seuls, est déjà un motif de discussion dans le monde entier, de même que la question du statut que prend le conjoint du même sexe. S'ils vivent ensemble, il n'y a pas d'outil légal qui attribue la paternité ou la maternité conjointement. En revanche, à travers le mariage, le conjoint devient parent.

Parallèlement à l'adoption, l'usage des techniques de procréation médicalement assistée a permis aux femmes homosexuelles d'accéder à la maternité, en même temps que s'est légalisée l'autorisation de l'usage de ces techniques pour des femmes seules ou célibataires. Du côté des hommes, on recourt de plus en plus à la GPA, autorisée dans seulement quelques pays. Cela se conjugue avec le statut du conjoint conféré par le mariage.

L'action de la science sur la naissance d'un enfant a une incidence sur les vies impliquées dans ces procédures mais elle modifie également les lois en vigueur jusqu'alors. Le concept de famille n'est pas statique. Il n'a pas surgi une fois pour toutes, pour rester identique à lui-même. Il a évolué en se développant au fil des siècles.

La famille contemporaine naît au XVIIe siècle. Jusqu'à cette époque, tous ceux qui vivaient sous le même toit formaient une famille. Le père était l'organisateur central. Même si le concept d'enfant naît au XVIIe siècle avec l'idée qu'il faut l'élever ; l'enfant, à cette époque, n'avait pas le statut qu'il a aujourd'hui. C'est l'époque de la splendeur du père, comme pivot de la structure familiale. Au XIXe siècle et au XXe, le mariage était l'élément central de l'organisation de la famille et l'alliance était hiérarchisée. Mais les temps ont changé, et, ni le père ni le mariage ne continuent d'être l'axe familial de notre monde actuel. La chute de la figure du père est contemporaine à l'éclatement de l'idée de famille et à l'organisation différente des familles, agrandies ou monoparentales.

Ainsi, bien que les adoptions homoparentales existent depuis longtemps, la science a introduit de nouvelles possibilités qui offrent des variations en ce qui concerne le mode de conception et de parentalité chez un couple gay.

La sociologue et historienne du droit Marcela Iacub aborde sous une forme originale la question des nouvelles configurations familiales, la néo parentalité, et en particulier, la parentalité des couples homosexuels.

Marcela Iacub pose que l'organisateur du système familial du XXIe siècle est le ventre maternel[2] , puisque, pour la majorité des législations, la mère est celle par qui passe l'accouchement. Cela pose la particularité de l'éclatement de la notion de mère, entre la mère génétique qui est celle qui donne l'ovule, la mère porteuse, qui est celle qui donne son ventre, et les mères sociales qui sont celles qui peuvent adopter l'embryon ou le bébé nouveau-né.

C'est pourquoi des discussions éthiques se produisent au moment d'estimer qui est la mère, en cas de jugement. La majorité des législations le détermine par l'accouchement, sauf celles qui acceptent la gestation pour autrui. Le ventre comme organisateur central devient alors relatif. Et nous voyons ainsi que le pouvoir de réaliser la famille n'est plus l'apanage du père, comme dans les siècles passés, ni celui de la mère par le biais de l'accouchement comme dans la majorité des législations, mais l'attribut de enfant.

Avec les dilemmes éthiques posés par les avancées de la science, on souligne en France qu'il faut agir dans l'intérêt de l'enfant quand les parents sont stériles et qu'ils recourent aux techniques de procréation assistée. Mais on devrait également le faire quand les parents sont fertiles, car une bonne parentalité ne s'établit pas d'emblée ; elle n'est pas la conséquence d'une grossesse spontanée, in utéro.

Cela concerne donc autant l'hétérosexualité que l'homosexualité des parents, puisque rien ne peut être assuré, d'emblée. Les différents systèmes d'alliance entre sujets hétéro ou de même sexe sont les sujets en impasse dont la psychanalyse s'occupe, puisque la relation entre l'amour, le désir et la jouissance, est toujours une question entre les êtres parlants. Et c'est dans cette impasse que l'enfant peut se loger.

Les mythes de l'origine et la question de l'enfant sur la différence entre les sexes font partie du sujet, indépendamment des alliances entre ses parents et de leurs positions sexuées. Les recherches sur les enfants de couples homosexuels, ou sur des enfants qui sont le fruit d'embryons conservés biologiquement, montrent les variétés des représentations de la vie familiale. En définitive, elles montrent ce qui se dit de la mère, du père et du fils au XXIe siècle.

Eric Laurent assure que la psychanalyse n'est pas une pratique conservatrice, et qu'elle ne devrait l'être en aucune façon en faisant de l'Œdipe une idéologie qui n'a rien à envier à tous les délires que produit le monde contemporain. Il affirme alors que l'enfant fait la famille dans la mesure où ce qui compte en réalité, c'est le statut des parents qui se réalise avec la naissance de l'enfant, qui instaure les noms de mère et de père et les distribue comme tels.

L'enfant doit construire sa fiction familiale au-delà de la législation. Les pratiques multiples de la sexualité produisent de multiples modes de parentalité. C'est pourquoi ce qui compte n'est pas tant l'idéal social ni comment se conjuguent les couples, mais plutôt de quelle manière chaque sujet interroge la jouissance au cours de sa vie.

Être une mère ou un père, homosexuel ou hétérosexuel, comporte toujours une reconnaissance tant du côté du sujet (parent) que de la part de l'enfant. Et cette adoption symbolique, nécessaire, se tisse avec la façon dont chacun construit la vie amoureuse, à sa manière.

NOTAS

* Publicado en Pasarelles 17, publicación electrónica, Paris, 16 de mayo 2013 - http://www.lacan-universite.fr/wp-content/uploads/2013/05/Passerelle-17.pdf

  1. Du mariage et des Psychanalystes, préface de Bernard-Henri Lévy et de Jacques-Alain Miller, Paris, Navarin, février 2013.
  2. Iacub M., L'empire du ventre. Pour une autre histoire de la maternité, Paris, Fayard, 2004